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Economie et coronavirus

Une chronologie des mesures prises aux niveaux national, européen et international en matière économique, dans le contexte de la crise du coronavirus.

Mars 2015-décembre 2018 : De mars 2015 à décembre 2018, face aux risques de déflation, la BCE avait acheté des titres tous les mois sur les marchés financiers pour un total au final de 2.600 milliards d’euros pour soutenir la zone euro, son « QE » (assouplissement quantitatif) naviguant à un rythme porté jusqu’à 80 milliards d’euros par mois.

Juillet 2017: La Banque Mondiale créé des Pandemic Bonds, des obligations créées suite à une épidémie d’ébola, officiellement aider les pays pauvres quand ils connaissent une épidémie très grave (critères stricts[1]). En réalité ils apportent des taux d’intérêt élevés[2] (sauf s’il y a vraiment une épidémie rapide avec plein e morts) mais sont payés par les contribuables. En cas d’épidémie les fonds sont versés aux pays pauvres touchés : « La tranche de 225 millions de dollars, la moins risquée, pourrait perdre 17% de sa valeur. En revanche, les détenteurs de la tranche de 95 millions de dollars, qui est la plus risquée, pourraient perdre la totalité de leur mise ». 320 millions de dollars ont été levés. Echéance en juillet 2020. Pour les pays touchés par le covid-19, l’argent n’arriverait qu’à la mi mai.

7 novembre 2019 : Selon Boursorama, « Le CAC 40 au plus haut, une semaine record à la bourse de Paris ». « Porté par les espoirs d’accord commercial entre la Chine et les Etats-Unis, ainsi que des bons résultats d’entreprises, l’indice CAC 40 se rapproche du seuil des 5900 points, un pic vieux de douze ans qui n’avait pas été testé le 31 octobre 2007 par l’indice phare de la Bourse de Paris. Malgré un repli de 0,02% sur la dernière séance de la semaine, le CAC 40 n’évolue qu’à une encablure des 5900 points. Et il y a encore mieux : alors que les entreprises françaises sont réputées pour leur générosité vis-à-vis de leurs actionnaires, le CAC40 ‘GR’ (pour Gross Return), qui comptabilise les dividendes réinvestis, pulvérise un record absolu à plus de 15.978 points. L’indice affiche désormais un gain de 28% depuis le début de l’année.« . Le CAC 40 GR est à 11.500 le 2 avril 2020.

+ Mario Draghi reprend le quantitative easing (rachat de dette des Etats jusqu’à 33%) par la BCE. Dispositif commencé en janvier 2015. Objectif : faire remonter l’inflation à 2%.

Fin 2019 : La BCE injecte 20 milliards € par mois dans les marchés pour racheter de la dette.

4 mars 2020 : La BPI va éponger les pertes du CAC 40 : création d’un fonds qui devait être actif fin avril avec 4 puis 10 milliards pour soutenir le cours des actions du CAC 40, qui étaient en chute libre depuis décembre. Fonds alimenté par les contribuables et par des fonds étrangers privés. La Banque Publique d’Investissement avait été créée par Hollande pour soutenir de grands projets structurants.

10 mars 2020 : L’Europe prévoit « de débloquer 25 milliards d’euros pour soutenir l’économie et les différents systèmes de santé. Dans le même temps, un fonds d’investissement est créé pour la recherche d’un vaccin et la mobilisation des médicaments et matériels de protection des personnels de santé. Au niveau des Etats, la Commission européenne annonce que les contraintes budgétaires définies dans le pacte de stabilité et de croissance sont assouplies pour permettre aux différents gouvernements de financer des mesures exceptionnelles de soutien à leur économie. Une décision précisée le 20 mars« .

12 mars 2020 : La BCE injecte 120 milliards. « Le 12 mars, la Banque centrale européenne était quant à elle revenue sur l’application d’un certain nombre de règles financières afin de calmer la panique qui s’empare des marchés financiers. Parmi les mesures annoncées, le rallongement de programmes massifs de rachat de titres de dettes, qui permet de soulager la trésorerie des plus petites entreprises, mais aussi l’allègement de la règle qui oblige les banques à conserver un montant minimum de liquidités dans leurs trésoreries ». Le lendemain macron dit ça ne va pas assez loin.

+ Macron annonce ses mesures pour les entreprises

13 mars : Annonce des fermetures des crèches et écoles, lancement du Plan Blanc maximal dans les hôpitaux. Selon Le Maire, « Les mesures économiques « coûteront des dizaines de milliards d’euros », a prévenu pour sa part le ministre des Finances, Bruno Le Maire. La Bourse de Paris a fini vendredi sur un maigre rebond (+1,83%) au lendemain d’une débâcle historique (chute de 12%)« .

16 mars : La FED annonce « l’achat de 500 milliards de dollars de bons du Trésor et de 200 milliards de dollars de titres hypothécaires« , pour « soutenir le bon fonctionnement » de ces marchés « qui sont au coeur des flux de crédit aux ménages et aux entreprises » » Discours de macron sur l’Etat d’urgence, il parle d’ « Etat providence », de « décisions de rupture » pour sauver le capitalisme.

17 mars : Le Maire qui a toujours critiqué la « démondialisation ou la nationalisation« [3], annonce que des entreprises pourraient être nationalisées, pour les « défendre » quand elles sont « attaquées sur les marchés« . Objectif : protéger les actionnaires privés. Ensuite on reprivatisera quand il y aura de nouveau des bénéfices. Selon Le Maire, « Nous sommes dans une guerre économique et financière. Elle sera longue et violente« .

+ L’Etat lâche 45 milliards en urgence pour des reports ou annulation de charges, et du chômage partiel. Le Maire a « annoncé un recul du produit intérieur brut (PIB) de 1%. « Ce chiffre sera amené à évoluer en fonction de la progression de la situation en Europe et aux Etats-Unis », a précisé Bruno Le Maire. « Nous serons au-delà du 100% de dette publique », a reconnu le ministre sans donner de précision sur le déficit budgétaire attendu pour cette année« .

19 mars : La BCE sort 750 milliards pour « soutenir l’économie » avec un plan d’urgence de rachats de titres de dettes des Etats et d’entreprises. « Lagarde promet qu’il « n’y a pas de limites à notre engagement envers l’euro », suggérant que d’autres mesures sont encore susceptibles de suivre, et ce quitte à utiliser « le plein potentiel de nos outils »« . Programme prévu jusque fin 2020 au moins, soit environ 117 milliards par mois. D’après France Info, « En rachetant ainsi massivement de la dette des Etats et d’entreprises de la zone euro sur les marchés, la BCE espère soulager les banques et les inciter à maintenir voire relancer leurs prêts aux ménages et aux entreprises, et ainsi à soutenir la production et l’emploi« . 

20 mars : L’Europe annonce la clause dérogatoire générale aux règles budgétaires définies dans le Pacte de stabilité et de croissance. Décision validée le 23 mars par les ministres des Finances.

+ L’OMS annonce que la monnaie papier et les pièces peuvent véhiculer le virus.

23 mars : Loi du 23 mars : volet économique. Pendant 3 mois le gouvernement prend les ordonnances qu’ils veut pour aider financièrement les entreprises, et peut agir sur le droit du travail, de la sécurité sociale et de la fonction publique, afin de :

  • Limiter les ruptures des contrats de travail et atténuer les effets de la baisse d’activité, en facilitant et en renforçant le recours à l’activité partielle, notamment en adaptant de manière temporaire le régime social applicable aux indemnités,
  • Adapter les conditions et modalités d’attribution de l’indemnité complémentaire prévue à l’article L. 1226-1 du code du travail ;
  • Permettre à un accord d’entreprise ou de branche d’autoriser l’employeur à imposer ou à modifier les dates de prise d’une partie des congés payés dans la limite de six jours ouvrables, en dérogeant aux délais de prévenance et aux modalités de prise de ces congés,
  • Permettre à tout employeur d’imposer ou de modifier unilatéralement les dates des jours de réduction du temps de travail, des jours de repos prévus par les conventions de forfait et des jours de repos affectés sur le compte épargne temps du salarié, en dérogeant aux délais de prévenance et aux modalités d’utilisation,
  • De permettre aux entreprises de secteurs particulièrement nécessaires à la sécurité de la Nation ou à la continuité de la vie économique et sociale de déroger aux règles d’ordre public et aux stipulations conventionnelles relatives à la durée du travail, au repos hebdomadaire et au repos dominical ;
  • Modifier, à titre exceptionnel, les dates limites et les modalités de versement des sommes versées au titre de l’intéressement
  • Modification de des règles de la BPI.

+ Amendes majorées : à 375 euros, et 1500 euros en cas de récidive, et « il faudra dater et donner l’horaire du papier qu’on doit porter avec soi lorsqu’on sort ». 20 personnes maximum aux enterrements. 

24 mars : La BCE publie ses mesures monétaires : « Pandemic Emergency Purchase Program » PEPP : rachat d’actifs pour 1000 milliards d’euros pour soutenir les entreprises.

+ la BCE a fait sauter la limite de 33% pour les rachats de dettes des pays.

+ fin de la limite de 3% de déficit.

+ Le Maire annonce de nouvelles mesures de soutien aux entreprises, et la « prime macron » pour les salariés qui se déplacent pour travailler. Il demande « la plus grande modération » pour les dividendes aux entreprises aidées.

+ Financement du chômage partiel : « Pour ceux qui ne peuvent pas aller travailler, l’activité partielle bondit chaque jour : 730.000 salariés sont déjà concernés. Le coût de la mesure s’élève déjà à 2,2 milliards d’euros, a indiqué le ministre en ajoutant : « On a provisionné 8,5 milliards d’euros, ça sera davantage. » »

+ Prêts pour les entreprises garantis par l’Etat: « C’est un dispositif simple, massif et inédit, monté en quelques jours par l’Etat, les banques et avec le support de la BPI. L’idée c’est d’offrir à toutes les entreprises trois mois de chiffre d’affaires sans remboursement pendant un an, et avec la possibilité d’étaler le remboursement ensuite jusqu’à cinq ans », explique Thierry Laborde, directeur général adjoint de BNP Paribas, au micro d’Europe 1. Qui précise : « En ce qui concerne la BNP, ce sera à un taux de 0,25% pour les entreprises dont le chiffre d’affaires est inférieur à 50 millions d’euros, et 0,50% au-delà. » » 

25 mars : Publication d’une liste confidentielle d’entreprises à protéger.

26 mars : Le Parlement européen a adopté les mesures d’urgence proposées par la Commission européenne pour répondre à la crise. Le Conseil doit ensuite les approuver avant leur entrée en vigueur. Les eurodéputés ont ainsi voté en faveur de l’initiative d’investissement pour la réponse au coronavirus, un fonds de 37 milliards d’euros pour soutenir l’économie des pays touchés par la crise. Ils ont également approuvé l’extension du champ d’application du Fonds de solidarité de l’UE pour y intégrer les urgences de santé publique et ainsi débloquer 800 millions d’euros pour faire face à la crise.

+ Merkel refuse les « corona bonds » que macron veut mettre en place avec 8 pays: création d’obligations pour « mutualiser la dette publique au niveau de la zone euro« .

27 mars : La BCE demande aux banques de ne pas verser de dividendes « au moins » jusqu’au 1er octobre 2020. Le même jour on apprend que les dividendes du CAC 40 prévus pour 2019 étaient de 55 milliards d’euros.

+ Le même jour la macronie demande aux entreprises dont l’Etat est actionnaire de ne pas verser de dividendes. « Pénicaud, annonçait sur CNews, que « les entreprises où l’Etat est actionnaire, même minoritaire », seraient invitées à « ne pas verser de dividendes en tout cas à des particuliers ».

+ L’Etat a provisionné 45 milliards d’euros d’aides directes et de remises de taxes et 300 milliards de prêts garantis par l’Etat. « BNP Paribas n’entend rien changer pour sa part à ce qui avait été prévu. Son dividende sera versé conformément aux résolutions déjà votées et son assemblée générale maintenue à la date prévue. »

+ Le Maire a dit que les entreprises aidées ne pourront pas verser de dividendes. Il parle de « nationalisations partielles » de certaines entreprises, « en dernier recours ». Pénicaud a dit qu’elle appelait les entreprises à ne pas verser de dividendes, « en tout cas à des particuliers« .

+ Le Congrès vote une aide de 2.000 milliards de dollars. Le média Siusse All News explique : « Le plan prévoit notamment l’envoi d’un chèque de 1’200 dollars à de nombreux Américains, près de 400 milliards de dollars d’assistance aux petites entreprises, et 500 milliards d’aide aux grandes sociétés, qui seront soumises à la surveillance d’un contrôleur général, ainsi que 100 milliards de dollars destinés aux hôpitaux, et 30 milliards pour financer la recherche sur les vaccins et traitements du Covid-19. Il alloue également 25 milliards de dollars aux compagnies aériennes, 4 milliards de dollars aux compagnies de fret aérien et 3 milliards de dollars aux entrepreneurs pour payer les salaires, en plus de 25 milliards de dollars de prêts et de garanties de prêts aux compagnies aériennes et de 4 milliards de dollars au fret aérien« .

28 mars : Il n’est plus question que d’un « blocage partiel des dividendes pour les entreprises qui auront bénéficié d’aides publiques pendant l’épidémie« . A priori elles pourront en verser quand-même, mais moins.

+ Envolée lyrique de Le Maire : « Il faut un nouveau capitalisme, plus respectueux des personnes (…) Il faut bâtir la souveraineté industrielle de la France et de l’Europe« ;

+ Trump a fusionné de fait la Réserve Fédérale, la FED qui est un conglomérat de banques privées, avec le Trésor US, en lui faisant racheter différents types d’actions pour le compte du Trésor. « Au cours des dernières semaines, la Fed a réduit ses taux de 150 points de base pour les ramener à un niveau proche de zéro, et a passé en revue l’ensemble de son manuel sur la crise de 2008. Mais cela n’a pas suffit à calmer les marchés. La banque centrale a donc également annoncé 1 000 milliards de dollars par jour en accords de rachat et en assouplissement quantitatif illimité, dont 625 milliards de dollars d’achat d’obligations par semaine, ce qui est difficile à comprendre. À ce rythme, la Fed détiendra les deux tiers du marché du Trésor dans un an« , explique Bloomberg. Ce qui revient à nationaliser les deux tiers du marché financier.

30 mars : Selon la Tribune, « L’ampleur des effets du coronavirus sur l’économie française ne cesse de s’accroître. Selon une note de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) publiée ce lundi 30 mars, l’impact d’un mois de confinement est estimé à environ 60 milliards d’euros, soit une perte de 2,6 points de produit intérieur brut (PIB) annuel (…) D’après les projections des économistes du laboratoire de recherches rattaché à Sciences-Po Paris, plus de 5,7 millions de salariés, soit 21% de l’emploi salarié, pourraient se retrouver au chômage partiel« .

31 mars : Darmanin lance un « grand appel à la solidarité nationale » auprès des citoyens pour financer les TPE et indépendants. « Ces derniers jours, plusieurs Français et entreprises ont fait part à Gérald Darmanin de leur souhait de contribuer à l’effort national. Il a donc voulu mettre en place un dispositif leur permettant de le faire, la solidarité peut aussi passer par des contributions volontaires et pas toujours par l’impôt, surtout dans des périodes exceptionnelles”, souligne un conseiller.« 

+ « 507.000 entreprises de moins de 50 salariés ont demandé à ce que leur échéance de paiement des cotisations sociales qui tombait le 15 mars soit reportée, ce qui est équivalent à 3,8 milliards d’euros de cotisations qui n’ont pas été prélevées sur les 9 milliards d’euros alors appelées ».

+ TOTAL va verser 1,8 milliard de dividendes à ses actionnaires (Les Jours) [4].

1er avril : macron précise les mesures pour les entreprises. 1500 euros de l’état pour indépendants, PME et TPE, et peut-être 2000 par les régions. 5 nouvelles ordonnances ont été déposées.

+ Mediapart parle du plan pour l’hôpital, élaboré par la Caisse des Dépôts et Consignations, dont la 1ère ébauche est prête. « Ce document expose une série de propositions qui s’inscrivent toutes dans la philosophie néolibérale qu’Emmanuel Macron a toujours défendue par le passé. Privatisation rampante au travers de sulfureux partenariats public-privé (PPP), marchandisation accélérée de la santé : voilà un plan qui tourne le dos aux valeurs de l’État-providence ».

+ les banques anglaises renoncent aux dividendes.

+ Les bourses dévissent. Article des Echos : « Jamais les Bourses mondiales n’avaient aussi mal commencé l’année. Le premier trimestre s’achève sur une baisse de 26,5 % à Paris. Les géants du CAC 40 ont effacé plus de 450 milliards d’euros de capitalisation. Du jamais-vu. C’est quasiment comme si LVMH, L’Oréal et Sanofi, les trois plus grosses sociétés du CAC 40, étaient parties en fumée »[5].

+ La Belgique émet des obligations en masse sur le marché pour financer les mesures coronavirus.

2 avril : Philippe annonce que « La crise sanitaire va devenir une crise économique» et que « Nous devons nous organiser pour que le pays tienne, pour que les entreprises subsistent et pour qu’un plan de relance national, européen mondial je l’espère, puisse permettre à l’ensemble de l’économie de repartir. Mais cela ne passera pas, je pense, par une augmentation des impôts» parce qu’il faut redémarrer le pays d’abord.

+ Interview de Martin Schirdewan, député de la Gauche unitaire au Parlement européen, dans L’Humanité: « À 63 reprises entre 2011 et 2018, la Commission européenne a recommandé aux États membres de l’UE de privatiser certains pans du secteur de la santé ou de réduire les dépenses publiques en matière de santé. Ces recommandations ont visé quasiment tous les États, qui ont en général obtempéré« .

3 avril : Le Maire déclare qu’en fait, les « nationalisations » potentielles ne seront que « temporaires«  : « Il s’agit simplement d’avoir l’Etat qui protège, pour une durée limitée, des entreprises en prenant une participation ou éventuellement en faisant une nationalisation temporaire ».

+ les mesures du soutien mises en place par le gouvernement, notamment les reports de charges fiscales et sociales, seraient maintenues tant que durerait la crise sanitaire et économique.

4 avril : Selon Reporterre, comme les PME sont autorisées à verser des dividendes, certaines grandes entreprises font pareil. « Total a maintenu le paiement de ses « coupons » le 1e avril, soit 1,8 milliard d’euros versés aux actionnaires. L’Oréal et Hermès devraient aussi maintenir leurs dividendes, ainsi que Publicis, Dassault, Altice (la société qui coiffe l’opérateur télécom SFR) Bouygues, et Illiad (société appartenant à Xavier Niel et coiffant l’opérateur télécom Free). Bernard Arnault, dont la holding familiale devrait recevoir 1,6 milliard d’euros a reporté sa décision… au mois de juin« .

5 avril : La réorganisation de l’hôpital, avec réduction de moyens et de personnel, suit son cours. A Nancy par exemple, l’Agence Régionale de Santé refuse de remettre en cause les orientations du comité interministériel de performance et de modernisation de l’offre de soins (Copermo) qui vise à supprimer 598 postes et 174 lits dans la région. Interpellé par le CHU de Nancy et des élus, Véran affirme que « tous les plans de réorganisation sont évidemment suspendus à la grande consultation qui suivre ».

6 avril : le baromètre de l’assureur-crédit Coface sur les défaillances d’entreprises prévues en 2020 est assez optimise concernant la France évoque des chiffres pour plusieurs pays « les défaillances devraient en effet exploser aux Etats-Unis (+39%) et au Royaume-Uni (+33%) mais aussi augmenter fortement en France (+15%), en Italie (+18%), en Espagne (+22%) et, de façon un peu moins marquée, en Allemagne (+11%)« .

7 avril : Darmanin a annulé au dernier moment le lancement de la plateforme de dons pour aider à l’Etat à verser les 1500 € d’aides aux petites entreprises et indépendants via un « fonds de solidarité ». Selon Le Figaro, « En pratique, les individus et les entreprises qui souhaitent faire preuve de «solidarité nationale» doivent se manifester directement auprès du cabinet du ministre des Comptes publics et de la direction générale des finances publiques (DGFiP). Plusieurs groupes l’auraient déjà fait dans ces derniers jours. «L’objectif est de faire contribuer les grandes entreprises, dont l’activité continue, à ce fonds à destination des petits commerçants et indépendants frappés de plein fouet», insiste-t-on à Bercy« .

+ Les armateurs français demandent la mise en place d’un « Plan Marshall » pour sauver la filière (26.000 emplois directs).

+ Chute de l’activité économique : une étude de QuantCub sur l’activité économique montre qu’elle est quasiment à l’arrêt dans de nombreux secteurs. Elle donne de nombreuses informations, comme la baisse de 50% de l’activité industrielle en Ile-de-France, un trafic routier divisé par 10 autour de Paris. Le transport aérien est le plus touché, suivi par le trafic routier. Le trafic portuaire a chuté de 25% . « L’une des conséquences de cette baisse d’activité dans une grande majorité des secteurs d’activité est la chute du nombre d’offres d’emploi. Au 1er avril, il y avait 32 % d’offres en ligne de moins qu’à la même époque en 2019« , et du côté de l’inflation, elle serait passée de 1,45% début mars à 0,47% début avril.

+ Pétition d’une quinzaine de syndicats et associations, demandant la réquisition des hôpitaux privés, la suspension des dividendes, et à long terme le retour de l’ISF, un plan de développement des services publics, ainsi que : « taxe sur les transactions financières renforcée et « véritable » lutte contre l’évasion fiscale ; plan de réorientation et de relocalisation solidaire de l’agriculture, de l’industrie et des services« .

+ D’après le classement Forbes, il y a 226 milliardaires de moins cette année que l’année précédente (2 095 milliardaires en mars 2020 contre 2 321 le 6 mars dernier). « Entre 2019 et 2020, rappelle le site des Échos, plus de la moitié des milliardaires ont vu leur fortune diminuer pour une perte cumulée de 700 milliards de dollars. L’arrêt marqué de nombreuses entreprises touchées par les mesures de confinement devrait provoquer de plus nombreuses disparitions du classement« . Par ailleurs, Bernard Arnaut arrive en 3e position mondiale, derrière Bezos et Gates.

+ L’Ukraine annonce qu’elle réduit les exportations de blé, de 44.000 tonnes par jour en mars à 14.000. La Russie l’a fait dès le 30 mars, le Kazakhstan a suivi. Le 10 mars, c’est lala Roumanie qui a stoppé ses exportations de céréales (12 millions de tonnes en 2018), d’huile végétale, de sucre et de divers produits de boulangerie.

8 avril : Philippe déclare à l’Assemblée que l’impact économique de la crise sera « considérable », « massif », « très négatif » et « brutal ». Il a précisé que « les reports de charges fiscales et sociales ont permis de soulager de près de sept milliards d’euros la trésorerie des entreprises pour le seul mois de mars« .

+ Le président de l’Union des aéroports français déclare qu’il faudra réduire les taxes sur les billets d’avions dès la fin de la crise.

+ Air Liquide vend sa filiale de fabrication de gels hydroalcooliques et produits désinfectants à un fonds d’investissements suédois, EQT.

+ Aurore Bergé, députée Lrem des Yvelines, déclare à l’Assemblée que « Soutenir la publicité est une mesure d’urgence et de relance« . Rapporteuse générale du projet de loi sur la communication audiovisuelle, elle propose de mettre en place un crédit d’impôt pour soutenir la publicité et la communication dans les médias. Son argument est de soutenir la presse, en soutenant la pub dans la presse.

+ Le directeur de l’Agence Régionale de Santé du Grand Est, qui avait déclaré que la restructuration des hôpitaux continuait, a été renvoyé en conseil des ministres. Le 25 mars, Macron avait promis « un plan massif d’investissement et de revalorisation des carrières pour notre hôpital ». Selon Les Echos, « Le détail des restructurations par établissement est un secret bien gardé au ministère de la Santé. Le seul indicateur est national : c’est le différentiel entre les crédits supplémentaires accordés chaque année à l’hôpital et la croissance projetée des besoins. En 2020, ce montant d’économies en creux s’élève à 800 millions d’euros, dont 585 millions sur les achats et 215 millions sur la transformation de lits d’hospitalisation complète en places « ambulatoires » – des patients qui ne restent pas la nuit. En théorie, un lit supprimé se solde par la suppression de postes d’aides-soignants ou d’infirmiers qui s’en occupent, ce qui signifie qu’environ 4.000 postes auraient dû être supprimés en 2020, selon les calculs de la Fédération hospitalière de France« .

+ Le gouverneur de la banque de France, Villeroy de Galhau,écrit une tribune dans Le Monde pour annoncer que la rigueur et les restrictions budgétaires seront de mise pour redresser l’économie. Il déclare que « nous devrons porter plus longtemps des dettes publiques plus élevées » et qu’il faudra réduire les dépenses publiques tout en justifiant les milliards mis sur la table pour sauver l’économie européenne.

+ Selon Philippe et Darmanin, le PIB 2020 chutera de 6% (fin mars il était question de – 1%), le déficit public passera à 7,6% et la dette publique, déjà à 100% en décembre, passerait à 112%. Le plan d’urgence passe quant à lui à 100 milliards d’euros au lieu des 45 milliards annoncés en mars. L’enveloppe dédiée aux dépenses “exceptionnelles” pour la santé passe de 2 à 7 milliards d’euros, pour financer notamment les 4 milliards d’euros d’achats de matériels promis par Macron et la revalorisation des salaires des personnels soignants.

9 avril : La Banque d’Angleterre va financer l’Etat et les collectivités sans emprunter sur les marchés, pour assurer des liquidités dans le cadre de la crise du coronavirus. Ce dispositif « met en évidence les demandes extraordinaires en espèces que le gouvernement a connues ces dernières semaines, qu’il estime ne pas pouvoir financer immédiatement sur les marchés financiers « , précise le Financial Times, « dans une déclaration aux marchés financiers jeudi, le gouvernement a annoncé qu’il augmenterait le montant du compte bancaire du gouvernement auprès de la banque centrale, qui ne représente normalement que 370 millions de livres. Cela atteindra un montant effectivement illimité, permettant aux ministres de dépenser plus à court terme sans avoir à recourir aux marchés. En 2008, un mouvement similaire a vu les facilités grimper brièvement à 20 milliards de livres« . Le gouvernement a déjà augmenté, de 15 à 45 milliards d’euros, le montant des emprunts sur les marchés début avril.

+ La mairie de Paris va débloquer 3,5 millions d’euros pour aider les familles qui n’ont plus accès aux cantines scolaires pendant l’épidémie. « Cette aide « bénéficiera à 28.579 familles » représentant « 52.000 enfants » et sera « versée automatiquement » sur leur compte, « sans aucune démarche » de leur part, « grâce à un partenariat avec la Caisse d’allocation familiales (CAF) de Paris« .

+ Selon Darmanin, tout le monde devra « faire des efforts » et la reprise sera lente: « Les touristes ne reviendront pas du jour au lendemain. Dans l’industrie, les chaînes de production peuvent être très longues à rétablir. Prenez Airbus : un avion contient 500.000 pièces avec des centaines de sous-traitants.Je ne l’ai jamais caché : le redressement économique sera long, difficile et coûteux. Il demandera des efforts de la part de tous les Français« .

+ L’enseigne des magasins Etam estime que la crise va lui coûter entre 100 et 150 millions d’euros hors loyers, et demande à l’Etat des mesures pour ne pas payer les loyers: « Il faut que l’Etat participe, par un crédit d’impôt, sur la période de full fermeture. Il faut qu’en sortant de crise, il y ait une montée en régime des loyers qui aille avec la montée en régime du chiffre d’affaires« , affirme le co-gérant d’Etam.

+ Une PME française (Péters Surgical) spécialisée dans le matériel médical, notamment des sondes utilisées par les services de réanimation, a été revendue à un fonds d’investissement spéculatif: « Gorgée d’aides publiques et longtemps soutenue par la Banque publique d’investissement (BPI), cette PME a été revendue à l’un des principaux fonds d’investissement spéculatifs qui sévit en France, Eurazeo, et ne répugne pas à pratiquer des licenciements boursiers. Elle a même progressivement délocalisé une partie de sa production en Inde et en Thaïlande. De facto, l’État est donc complice de ces délocalisations et des licenciements boursiers« , explique Médiapart, « Longtemps piloté à distance par Antoine Bernheim (1924-2012), grande figure de la banque Lazard et parrain de ce capitalisme parisien, puis l’autre homme fort de la même banque Michel David-Weill, Eurazeo a longtemps fait office de discrète structure d’enrichissement pour tous les associés gérants de la célèbre banque d’affaires parisienne« . Les profits sont depuis transformés en dividendes, pendant que des économies sont imposées aux salariés.

+ Après des jours de discussions, les ministres des Finances européens ont trouvé un accord pour renflouer l’économie européenne, et 540 milliards seront « disponibles immédiatement » et « un fonds de relance » sera mis en place prochainement. Le journal belge 7 sur 7 précise: « la réponse européenne doit s’orienter sur trois axes principaux: jusqu’à 240 milliards d’euros de prêts du fonds de secours de la zone euro, un fonds de garantie de 200 milliards d’euros pour les entreprises et jusqu’à 100 milliards pour soutenir le chômage partiel. La brûlante question des “coronabonds”, destinés à soutenir l’économie à plus long terme après la crise, considérée comme moins urgente, n’a pas été tranchée jeudi. Les chefs d’État et de gouvernement, qui n’étaient eux-mêmes pas parvenus à s’entendre lors d’un sommet le 26 mars, devront encore valider ces propositions ». Les dettes des Etats ne seront pas mutualisées, et les conditions pour accéder au Mécanisme Européen de Solidarité (créé par la crise grecque), sont de mettre en place des politiques de rigueur.

+ La Réserve Fédérale Américaine, la FED, sort un plan de 2.300 milliards de dollars pour l’économie US. Une partie (600 milliards) sera injectée dans les différentes filières économiques sous formes de prêts par les banques rachetés à 95% par la FED, d’autres serviront à renflouer les collectivités (500 milliards de prêts à court terme seront rachetés par la FED), les petites entreprises (via les banques), les prêts aux étudiants (100 milliards) ou à racheter des titres de qualité B et en-deçà, via l’achat d’ETF obligataires mélangeant des titres solides et des titres qui sont douteux. 17 millions de personnes seraient officiellement au chômage. Avant et juste après ces annonces, le Dow Jones et le NASDAQ sont remontés aux niveaux d’août 2019. Un des objectifs est d’éviter les faillites en alimentant le crédit aux entreprises, quelle que soit leur solidité financière.

10 avril : Air France KLM, qui perdrait 25 millions d’euros par jour de crise malgré les mesures d’économies et le chômage partiel, demande des aides financières à la France et aux Pays-Bas, qui sont actionnaires. Selon les Echos, « A ce rythme, Air France-KLM aurait seulement de quoi tenir jusqu’à début juin, a-t-il précisé. Et à condition de ne pas avoir à rembourser tous les billets d’avion non-utilisés des milliers de vols annulés« , et les négociations sont en cours. Le Maire a dit que le gouvernement était prêt à « soutenir Air France« .

+ Bruno Le Maire prévient qu’après la crise, il faudra « faire des efforts« . De fait, l’argent destiné à renflouer l’économie et le système financier est en grande partie emprunté sur les marchés, et il faudra bien rembourser. Selon Le Maire, « Contre la crise, nous avons choisi la dette, le seul choix responsable« . Il a ajouté : « Ce que nous faisons, c’est du financement par la dette, c’est un choix responsable et nécessaire qui va éviter une catastrophe sociale et économique à la France mais ça ne peut être qu’un choix provisoire. Nous devons dès que possible et dès que l’économie va redémarrer, réduire cette dette« . Les efforts demandés à la population seront « de se remettre au travail, tous » et d’investir, pour les entrepreneurs. Enfin, il a mentionné la création d’un fonds de 20 milliards pour soutenir en capital les « fleurons » français.

+ Le patron de Renault négocie avec l’Etat pour obtenir des prêts garantis, qui seraient remboursés à terme et selon lui n’impacteront pas les finances de l’Etat. « Renault, qui était déjà en mauvaise posture avant le confinement, doit faire face à un sérieux problème financier« , comment les Echos. Il est question de « 4 à 5 milliards ».

+ Une enveloppe maximale de 1.250 € nets de tout prélèvement et cumulable avec les autres dispositifs sera octroyée aux artisans et commerçants fin avril, en fonction du niveau de leurs cotisations à la retraite des indépendants.

11 avril : Comment les banques françaises ont-elles pu s’enrichir autant en 2019, avec des taux négatifs et une stagnation économique, s’interroge La Tribune ? Leur activité de « banque d’investissement » c’est-à-dire de spéculation et de conseil, rapporte beaucoup plus que l’activité traditionnelle de prêts, d’assurances et de gestion de comptes. « Et les principales sources de progression du profit sont sur la composante gestion d’actifs et assurance, la banque d’investissement et les activités spécialisées, notamment le leasing… Bref, la banque vit de commissions, de réalisations de plus-values latentes, de remontées de dividendes de ses activités de marché… Ce constat conforte le modèle français de banque universelle en première analyse. Mais il ne faut pas se leurrer. Faire du volume, créer et susciter des besoins du côté des acteurs privés en matière de gestion d’actifs, en matière d’opérations en capital — notamment d’acquisitions, de levées de dettes, etc. — c’est aussi cela qui crée les déséquilibres et qui transforme les acteurs financiers en pousse-au-crime, au détriment de ceux qui endossent véritablement les risques, c’est-à-dire les ménages et les entreprises« .

13 avril : Pendant son 4e discours, Macron annonce le versement « sans délai » d’une « aide exceptionnelle aux familles les plus modestes avec des enfants« . Le lendemain, Les Echos précisent que près d’un milliard d’euros sera débloqué.

14 avril : La baisse du PIB serait probablement autour de 13% en tablant sur deux mois de confinement, selon une économiste dont les travaux sont rapportés dans Marianne. Selon elle, l’activité ne serait encore qu’à 90% du niveau de l’année précédente fin 2020.

+ La crise économique sera plus importante qu’annoncé, avec le rallongement d’un mois du « confinement. Les Echos résument: « Le gouvernement attend désormais une activité économique en recul de 8 % en 2020, un déficit public à 9 % et une dette à 115 % du PIB, conséquences des annonces faites par Emmanuel Macron lundi soir. Il y a seulement cinq jours, il annonçait une récession de 6 %, un déficit de 7,6 % et une dette à 112 %. Le plan d’urgence est revu de 100 à 110 milliards« .

+ Le Centre d’études prospectives et d’informations internationales (CEPII) demande de fixer une taxe minimale sur les bénéfices des entreprises multinationales, qui font de l’optimisation fiscale , du rachat d’action, et vont bénéficier de l’argent qui sera finalement payé par les contribuables. « Certaines multinationales qui adoptent des mesures d’évitement fiscal depuis des années vont recevoir des aides publiques, ce qui renforcera le sentiment d’injustice au sein de la population. Dans cette tribune, nous soutenons que la mise en place d’un taux de taxe effectif minimum sur les bénéfices des entreprises multinationales aiderait à régler ces deux préoccupations« .

15 avril : La Banque de France, qui note tous les ans la « solidité » des entreprises françaises en avril, a décidé de retarder son évaluation au moins jusqu’à l’automne, annoncent Les Echos. Le CAC 40 a perdu 3,76% dans la journée, après quelques jours de « rebond » (il y avait d’autres élément aujourd’hui, notamment les résultats des banques US, et au passage on note que Sanofi a pris 2,3% le même jour). Or, les prêts obtenus par les entreprises ainsi que les taux sont liés à cette notation.

+ Les banques US s’attendent à une masse d’impayés, notamment de la part des entreprises. Elles font des réserves (6,8 milliards pour JP Morgan, officiellement, 3,1 milliards pour Wells Fargo, 4,8 milliards pour Bank of America, 7 milliards pour CityGroup, près d’un milliard pour Goldman Sachs), grâce aux garanties et aux milliards injectés dans l’économie US par la Réserve Fédérale annoncés le 9 avril. Les économistes de JP Morgan estiment que le PIB se réduira de 40% d’avril à juin, et que le taux de chômage augmentera de 20% au seconde trimestre. Le prix du baril d’essence est à moins de 20$.

+ Nouvelle augmentation du plan d’urgence, avec un volet de mesures à 10 milliards pour les primes de la fonction publique (dont le personnel hospitalier et la police), les aides aux plus pauvres (150 euros par ménage allocataire de l’ASS ou du RSA), et 4 milliards de plus pour le chômage partiel. Le montant global du plan passe ainsi à 110 milliards.

16 avril : On apprend que les actifs de Blackrock ont fondu de 1.000 milliards de dollars au premier trimestre (-13%). Les Echos précisent qu’en 5 ans, c’est la première fois que leurs actifs à moyen et long terme diminuent. En janvier, au moment où certains observateurs s’inquiétaient de la présence de Blackrock dans les discussions sur la réforme des retraites, le fonds gérait 6.000 milliards selon Le Monde Diplomatique. Le « supercalculateur Aladdin » censé dire le présent et l’avenir des placements financiers a donc manqué de clairvoyance. « Aladdin fonctionne si bien que, en mars 2019, M. Fink a annoncé qu’il comptait supprimer des centaines d’emplois d’analystes, préférant s’en remettre aux conseils de son bon génie« . Pourtant, plusieurs banques centrales, dont celles des Pays-Bas, de l’Espagne, d’Irlande, de la Grèce ou de Chypre, se sont appuyées sur Aladdin et Blackrock, qui désormais conseille aussi la Commission Européenne. « En France, il est propriétaire d’environ 5% de BNP Paribas, d’Axa, de Renault, de Bouygues, de Total, de Vivendi, de la Société générale« , rappelait le mensuel. Le président de la branche française, Cirelli, a été décoré de la Légion d’honneur en janvier 2020.

+ Macron en appelle dans une interview au Financial Times à une « Europe des transferts financiers et de la solidarité« . L’Allemagne, les Pays-Bas et d’autres, qui ont bien mieux géré la crise que nous et sortent de « confinement » (quand ils y sont entrés) seront certainement difficiles à convaincre. Macron évoque même les « inégalités » qui se sont « creusées » ces dernières années. « Il était clair que ce type de mondialisation atteignait la fin de son cycle et sapait la démocratie ».

17 avril : Tribune d’Alain Minc dans Les Echos. Il évoque la dette à perpétuité pour refinancer l’économie. Le discours est surprenant: « Annuler une partie de cette dette serait la meilleure solution sur le plan intellectuel. Une voie moyenne serait d’en allonger la durée à 100 ans, voire à perpétuité« . La veille, Minc s’en prenait au « confinement des vieux », qui irait à l’encontre des libertés individuelles et prévenait d’une « révolte des cheveux blancs« .

+ Toujours dans Les Echos, un chroniqueur réclame une augmentation de la fiscalité pour réparer les dégâts économiques du « confinement ».

+ Remontée des bourses mondiales suite à l’annonce US de mettre 2.200 milliards dans le système financier et l’économie. Selon les Echos, « Au sein du CAC 40, tous les composants sont dans le vert, à l’exception de Dassault Systèmes. Airbus est en tête de l’indice, à 8,72 %« . Airbus qui doit bénéficier d’une partie des 20 milliards débloqués la même semaine par l’Etat pour les « entreprises stratégiques » en difficulté. Le même jour la Chine a annoncé une baisse de 6,8% de son PIB au premier trimestre.

+ Philippe Etchebest, cuisinier et restaurateur, alerte sur la situation de la restauration (1 million d’emplois): « Aujourd’hui, 30 % des restaurateurs n’ont pas pu avancer les salaires de leurs employés en mars et ce sera sans doute 70 % en avril. Vous imaginez la catastrophe? On nous dit qu’on sera remboursés sur nos avances mais les restaurants n’ont pas ou peu de trésorerie et le remboursement ne se fera pas dans son intégralité« , dit-il au Parisien. il estime qu’environ 40% des restaurants ne pourront pas rouvrir.

18 avril: Le gouvernement a présenté le 15 avril un deuxième projet de loi de finances rectificative pour 2020 (PLFR 2020) qui prévoit de dégager 20 milliards d’euros de crédit pour renforcer les participations financières de l’État dans les « entreprises stratégiques » en difficulté et cela, sans aucune contrepartie. Ce plan a été accepté dans la nuit : « Dans la nuit du 17 au 18 avril à l’Assemblée nationale, la majorité a voté les aides en ne les assortissant que d’un engagement minimaliste en matière de responsabilité sociale et environnementale (RSE) et sans que soit connue la liste des entreprises concernées« . Ce budget porte à 24 milliards les crédits pour le chômage partiel, dont un tiers pris en charge par l’Unedic. 

+ Les commerçants demandent l’annulation des loyers pendant la période de « confinement » et une indexation sur l’activité réelle lors de la reprise de l’activité. Selon Ouest France, « Seize fédérations de commerçants ont jugé samedi insuffisant l’appel, lancé par Bruno Le Maire et relayé par les principales organisations de bailleurs, pour que les très petites entreprises obligées de fermer à cause du confinement n’aient pas à payer de loyer pendant trois mois« .

+ Malgré le lancement de la plateforme Wizifarm par le ministère de l’agriculture et la FNSEA qui compte 240.000 inscrits, les exploitants agricoles peinent à recruter. Mais seulement 840 offres d’emploi ont été rentrées sur ladite plateforme. Le secteur emploie 600.000 saisonniers à l’année, et selon Médiapart, « Les grosses exploitations françaises reposent en grande partie sur l’emploi précaire d’une main-d’œuvre étrangère, mal payée, souvent externalisée, invisibilisée dans les statistiques et parfois non déclarée. Selon les chiffres d’Actif’Agri, une étude produite l’an dernier par le ministère de l’agriculture, le secteur agricole comptait en 2017 plus de 67 000 travailleurs détachés, un nombre en augmentation constante depuis 2004« . Les offres sont souvent imprécises (horaires, rémunération durée de la mission…), et à l’origine, la FNSEA « imaginait même, dans un premier temps, faire appel au bénévolat ou à la mobilisation des élèves des lycées agricoles. Le ministère du travail a bloqué, mais rien n’empêchera les abus : en plein confinement, il est impossible pour l’inspection du travail de venir contrôler les exploitations…« . En attendant, beaucoup d’exploitants ne ramassent même plus leurs récoltes.

+ Le gouvernement refuse de nationaliser Luxfer, seule entreprise en France capable de fournir « des bouteilles d’oxygène en aluminium« , dont les derniers salariés ont été licenciés en février 2020. Quand l’usine a fermé en 2019, elle était la dernière en Europe à fabriquer ces bouteilles d’oxygène à usage médical. Des élus locaux et des chefs de partis en appellent à l’Etat pour sauver les emplois et répondre aux besoins en bouteilles d’oxygène: « Prenant le relais de ses ouvriers, qui se sont longuement battus pour sauver leur établissement, des élus réclament le secours de l’Etat. Il faut agir vite, disent-ils, non seulement pour l’emploi, mais aussi pour assurer au pays l’autonomie dont il a manqué en matière de masques et de tests« , affirme Le Monde. Un syndicaliste explique dans la Tribune: « L’usine est rentable : elle est la seule à fabriquer du très haut de gamme, des bouteilles très légères. C’est d’ailleurs pour cette raison que le groupe ferme. Ils ont le monopole de cette production. En fermant Gerzat, ils prennent le marché à la gorge et peuvent augmenter le prix des produits plus bas de gamme« .

+ A Nantes, les marchés rouvriront progressivement à partir du 20 avril. « 

+ Lors du discours de fin de semaine, Philippe est revenu sur l’intensité de la crise : « Au total, c’est près de – 36 % d’activité économique pendant la période de confinement, une diminution de l’activité dans l’industrie de l’ordre de 43 %, une diminution de l’activité dans le domaine de la construction  de l’ordre de 88 %, et une quasi cessation générales d’activité dans la restauration, dans les cafés, dans les hôtels« .

20 avril : Le Danemark et la Pologne ont dit qu’ils n’aideront pas les entreprises qui donnent la priorité aux actionnaires et aux cours en bourse. « Les entreprises danoises qui versent des dividendes, rachètent leurs propres actions ou sont enregistrées dans des paradis fiscaux ne seront éligibles à aucun des programmes d’aide du gouvernement« , résume L’Obs. En Pologne, les entreprises ne doivent pas licencier, et payer leurs impôts dans le pays. Le 1er ministre a ajouté : « Mettons fin aux paradis fiscaux, qui sont le fléau des économies modernes« .

+ Le baril de pétrole brut Américain est passé à 1 $ sur le marché à terme. Il y a la baisse de la demande, et aussi la saturation des capacités de stockage. Il a même plongé sous les zéro dollar, à moins 9$. Les US ont 503 millions de barils en stock, et 160 millions sont stockés dans des navires pétroliers au large, en attendant la remontée des cours. La consommation de pétrole au niveau mondial serait à 30% de ce qu’elle était avant la crise, à 30 millions de barils par jour.

+ Frédéric Oudéa, n°1 de la Fédération bancaire Française et président de la Société Générale, se justifie: les banques ne traînent pas des pieds pour accorder les « prêts garantis » aux entreprises qui en ont besoin. Depuis le 25 mars, les banques doivent assurer des prêts garantis à 90% par l’Etat (donc par les contribuables), pour 300 milliards d’euros. ils peuvent atteindre 25% du chiffre d’affaires de l’année 2019. Mais ils leurs rapportent peu et entraînent des démarches administratives. Selon une enquête de France Info, « Au dernier comptage, mercredi 15 avril, les banques avaient accordé 187 000 prêts garantis par l’État (PGE) à des entreprises en difficulté, selon la Banque publique d’investissement (BPI). Cela représente 26 milliards d’euros. Le chiffre augmente de « deux à trois milliards d’euros » chaque jour« . Ce prêt pourrait aussi être une fausse bonne idée: « Malgré ces chiffres impressionnants, certaines entreprises attendent désespérément une réponse favorable à leur demande de prêt, tandis que des banquiers s’inquiètent de la facilité avec laquelle l’argent est accordé. De l’argent qu’il faudra rembourser un jour, si les entreprises ne ferment pas« . La moitié des 187.000 prêts garantis a été octroyée à de petites entreprises.

+ Dividendes: Toutes les entreprises n’ont pas la même politique. Vivendi –qui a mis 30% de ses salariés en chômage partiel– va augmenter son dividende pour 2019 de 20%,Sanofi les augmente, pour un montant total de 4 milliards [6], quand Carrefour va le diviser par deux (et réduit de 25% la rémunération fixe de son PDG, ainsi que les jetons de présence). En août 2019, la France était « championne du monde » du versement de dividendes (51 milliards au 2e trimestre).

21 avril : La Française des jeux, récemment privatisée par Bruno Le Maire, voit les mises chuter de 60% et accumule déjà 100 millions d’euros de pertes: « Sur le premier trimestre, les mises des joueurs enregistrent un repli de 5,4 % à 4,1 milliards d’euros. Son chiffre d’affaires – après gains des joueurs et prélèvements publics – fléchit de 0,9 %, à 511 millions« , expliquent Les Echos.

+ En Europe, une étude prévient que 60 millions d’emplois seront probablement détruits. Le cabinet McKinsey qui a réalisé cette étude affirme que « près des trois quarts des emplois dans le secteur de l’hébergement et de la restauration sont menacés, soit 8,4 millions d’emplois. 44% des emplois du secteur du commerce de gros et de détail en Europe le sont également, et cela représenterait 14,6 millions d’emplois. En outre la moitié des emplois dans le secteur des arts et du divertissement sont menacés, pour un total certes plus faible d’emplois (1,7 million)« .

+ Selon l’UFC Que Choisir, une association de consommateurs, le prix moyen d’un ticket de caisse pour des courses alimentaires a grimpé de 2,5%. Selon les Echos, « Si l’association constate quelques hausses de prix, c’est surtout les ruptures de stocks qui poussent les consommateurs à se tourner vers des produits de gamme supérieure, plus onéreux« .

+ Le n°1 de la CFDT a suggéré de créer un impôt « exceptionnel » sur les groupes qui n’auraient pas été impactés par le virus et la crise, ou encore de « soumettre le capital au barème de l’impôt sur le revenu ». Proposition rejetée par le gouvernement qui refuse de créer un impôt pour les entreprises.

22 avril : Bruno Retailleau, sénateur LR, estime que pendant un an, il faudra travailler sur base de 37 heures par semaine pour réparer les pertes de 2 milliards d’euros par jour actuellement. « Il faudra accepter de travailler jusqu’à 37 heures par semaine, c’est-à-dire aux alentours de 1 700 heures à l’année avec un quota d’heures supplémentaires autour de 300 heures. La croissance, il faudra aller la chercher » et cela passe par « se retrousser les manches pour pouvoir travailler plus et donc gagner plus », a-t-il déclaré sur France Inter.

+ Le plan prévu par l’Etat pour Air France KLM s’élève à 7 milliards d’euros. Quelle sera la part de l’Etat, qui veut rester actionnaire minoritaire à 14,3 % ou moins? « Selon de très bonnes sources, Bercy cherche ainsi à entraîner un pool bancaire dans cette aventure, mais plusieurs établissements ne semblent guère désireux de se laisser embarquer dans une aventure jugée périlleuse, même si l’État, comme dans le cas de la Fnac, apporte sa garantie au montage« , explique Médiapart. En termes de contreparties, les demandes devraient être minimalistes, et en tout cas pas environnementales. Médiapart note que, si l’Etat n’a cessé depuis 30 ans de se désengager dans Air France, c’est qu’il ne s’agit pas d’un « fleuron » stratégique. Pourquoi alors injecter des milliards dedans, si ce n’est pour satisfaire les actionnaires à court terme?

22 avril : Le déficit de la sécurité sociale a augmenté à une vitesse sans précédent, passant au chiffre record de 41 milliards d’euros. Le précédent record en 2010 était à 28 milliards. A quoi il faudra ajouter les « probables » suppressions de cotisations dans des secteurs comme l’hôtellerie – restauration et le tourisme, a précisé Darmanin devant la commission des affaires sociales du Sénat.

+ La porte parole du gouvernement a dit ne pas pouvoir confirmer que les cafés, bars et restaurants rouvriront à la mi juin.

+ La BCE va « va permettre aux banques de continuer à lui proposer les actifs » qualifiés de « spéculatifs », c’est-à-dire pourris, comme garantie à des prêts. Evidemment, ils ne seront pas évalués à leur prix réel mais bien au-dessus, et cela jusqu’en septembre 2021. Les Echos précisent que « Les banques pourront donc continuer à emprunter de l’argent auprès de la BCE en contrepartie de ces titres. Or, face à l’ampleur de la crise économique, leur nombre devrait croître fortement à court terme. Dans le détail, la BCE acceptera ces titres tant qu’ils maintiennent une qualité de crédit supérieure ou égale à « BB », c’est-à-dire deux crans en-dessous de la note minimale actuelle« . Le quotidien La Voix du Nord précise que c’est la dette souveraine de l’Italie qui est visée. Mais, les actions de nombreux groupes sont surévaluées par des rachats massifs de leurs propres actions. La BCE n’en est pas encore à racheter directement des obligations (titres de dettes) pourries mais elle pourrait prendre « de nouvelles mesures, si nécessaire, pour continuer à assurer la bonne transmission de sa politique monétaire« .

+ La Banque Centrale Européenne rappelle à un député italien qu’elle ne peut pas acheter de titres de dette souveraine (la dette d’un Etat) directement. Elle peut seulement le faire sur le « marché secondaire », qui est en fait le marché des actions d’occasion un peu comme Le Bon Coin.

23 avril : L’Espagne défend la création d’une « dette perpétuelle » avec un fonds de 1500 milliards qui pourrait être validé lors du Conseil européen jeudi 24. « Madrid propose en effet de financer un fonds de relance européen de 1.500 milliards d’euros par de la « dette perpétuelle » libellée au nom de l’UE et remboursée sur le budget commun. Cet instrument financier est devenu une idée qui circule beaucoup en ce moment. Il est même défendu par des partisans parmi les plus acharnés du néolibéralisme comme Alain Minc, qui, dans une tribune récente aux Échos, appelait les États à y avoir recours« , rappelle Médiapart.

+ Le Maire a dit vouloir que « tous les commerces » rouvrent le 11, mai sauf les cafés, bars et restaurants. La date pour la rouverture de ces derniers n’est pas fixée. Pour les règles sanitaires, « ce sera aux autorités sanitaires de nous dire ce qui est nécessaire pour la sécurité sanitaire des salariés et des entrepreneurs. »

+ Il a aussi annoncé qu’il n’y aurait pas d’aide de l’Etat pour les entreprises ayant leur siège ou même des filiales dans les paradis fiscaux… Le « chômage partiel » n’entre apparemment pas dans les « aides » concernées, puisqu’il a précise qu’il s’agissait des « prêts garantis et reports d’impôts ou de cotisations« . « Il va de soi que si une entreprise a son siège fiscal ou des filiales dans un paradis fiscal, je veux le dire avec beaucoup de force, elle ne pourra pas bénéficier des aides de trésorerie de l’État » a-t-il dit. Le rachat d’actions ainsi que le versement de dividendes seraient aussi proscrits. La question est aussi de savoir quels seront les « paradis fiscaux » concernés, puisque la France n’en reconnait plus que 13[7], et ne comprend pas les Pays-Bas, le Delaware, le Luxembourg, Hong Kong etc.

+ Les étudiants alertent sur la précarité encore plus grande, alors qu’ils ne trouvent plus de petits boulots (46 % des étudiants travaillent à côté de leurs études) et de stages. Bastamag explique : « Les étudiants qui travaillent normalement doivent donc se débrouiller pour payer leurs charges et s’alimenter avec des moyens réduits, voire inexistants, et sans l’aide des restaurants universitaires, fermés. Vice-président de l’Unef, Madji Chaarana désespère face au manque d’action du gouvernement : « Pour l’instant aucune réponse sociale n’a été réellement apportée. Il faut absolument que la ministre de l’Enseignement supérieur prenne position. ». Des colis alimentaires sont organisés dans certaines universités, des exceptionnelles très limitées sont mises en place par certains Crous, et « Pendant que certains décrochent de leurs études, les étudiants actuellement employés dans les supermarchés et les commerces encore ouverts, doivent jongler entre leurs engagements pédagogiques et l’augmentation de leur temps de travail« .

+ Depuis quelques jours, il était question pour le gouvernement de taxer les assureurs. Le gouvernement y a finalement renoncé le 20 avril (pas de taxe pour les banques et assurances), mais certains craignent des prélèvements sur les fonds. En effet, les assureurs ont de l’argent en caisse, notamment vie les assurances-vie. Mais ce n’est pas leur argent. Le 22 avril, au motif que les accidents étaient moins nombreux, « le Sénat a voté ce 22 avril en faveur d’une hausse de la taxe sur les excédents de provisions réalisés par les assureurs, pour 2020 et 2021« . Il est vrai que les pertes d’exploitation liées au coronavirus, « (s’élevant pour l’heure à 60 milliards d’euros) ne peuvent pas être prises en charge par les assurances, car le risque de pandémie n’est pas couvert par les contrats« . Certains s’inquiètent d’une forme d’acharnement contre les assureurs, et se demandent si l’objectif n’est pas à terme de ponctionner l’épargne. Selon Public Sénat, « Outre des mesures ponctuelles, comme des remises de cotisations pour leurs sociétaires, les assureurs se sont engagés, sous la pression de l’exécutif, à abonder le Fonds de solidarité de 200 millions d’euros. Après de nouvelles réunions, le gouvernement a obtenu une promesse relevée à 400 millions d’euros. « Nous pensons que nous pouvons obtenir plus, de la part des assurances », a indiqué Gérald Darmanin, le ministre de l’Action et des Comptes publics, lors des débats au Sénat« . Il est étonnant que le gouvernement soit moins empressé de taxer d’autres grands secteurs d’activité. Ouest France rappelait le 22 avril que : « la dette de l’État est détenue pour près de la moitié par des banques ou des assurances françaises. Des placements gagés sur les dépôts ou l’assurance-vie. Cela provoquerait un cataclysme,observe François Écalle, spécialiste des finances publiques. Ça ne concernerait pas seulement les grandes fortunes. Beaucoup de Français (42 % des ménages) ont une assurance-vie« . 

24 avril : Les licenciements seront massifs dès la sortie du « confinement », selon les prévisions du gouvernement et de nombreux observateurs. Le Figaro tirait le 22 avril: « Pourquoi un tsunami de licenciements est inévitable« , et ajoutait « La purge qui se prépare va être d’une violence inédite. Les suppressions de postes se chiffreront en centaines de milliers, si ce n’est en millions« . France Info s’interroge : « Déconfinement : que peut faire l’État pour protéger l’explosion des licenciements ?« . La droite, notamment Woerth qui est président de la commission des finances, en appellent à prolonger le « chômage partiel » jusqu’à cet hiver. Le gouvernement s’apprête à faire perdurer le dispositif pendant « la reprise ». Pour beaucoup de salariés, le « déconfinement » risque d’être synonyme de licenciement.

+ A Bobigny, les loyers des HLM sont annulés par l’Office Public de l’Habitat pour le mois d’avril. C’est la première ville à le faire. La mesure concerne 4.000 personnes, pour 1,6 million d’euros.

+ Le Medef demande un « moratoire » sur la réglementation environnementale en préparation. Notamment les lois sur l’obligation de limiter les déchets dans BTP, d’augmenter le recyclage, de réduire les émissions carbone, et la loi sur la création en ville de zones à faibles émissions. « Pour le Medef, « la publication de la Programmation pluriannuelle de l’énergie et la Stratégie nationale bas carbone doit être reportée » en raison de son « impact très significatif sur les marchés et les acteurs de l’énergie et du climat ». L’organisation souhaite encore « un moratoire de l’ordre de six mois », pour protéger la filière automobile, concernant un projet de décret qui oblige à mettre en place des zones à faibles émissions, en cas de dépassement récurrent des normes concernant la qualité de l’air« , explique France Info. Pour le Medef, « il nous paraît opportun de se poser la question de la pertinence d’un moratoire systématique sur tous les textes actuellement en cours d’élaboration« .

+ Finalement, l’exigence que les entreprises ne rachètent pas d’actions et ne soient pas présentes dans les paradis fiscaux faite la veille par Bruno Le Maire prend l’eau. Cette promesse ne portait que sur les 110 milliards destinés à prêter ou annuler les charges des TPE, qui de toute manière ne sont pas cotées en bourse et n’ont pas de filiales ou de siège dans les paradis fiscaux. Mais finalement, le gouvernement a fait marche arrière et l’amendement a été retiré. Les multinationales, aidées également avec d’autres dispositifs, pourront donc maintenir leurs filiales dans les paradis fiscaux, et pratiquer l’évasion fiscale.

+ L’agence de notation Standard & Poors abaisse les notes de deux grandes banques française systémiques, BNP Paribas et le Crédit Agricole. Capital explique que concernant le Crédit Agricole, S&P « s’attend à ce que la banque soit probablement confrontée à des pressions sur la qualité des actifs dans ses portefeuilles de prêts aux grandes entreprises, aux petites entreprises et aux entrepreneurs. Elle prend aussi son exposition relativement importante en Italie« . Au sujet de la BNP, dont la note est passée de stable à négative, S&P observe « des poches de risque dans le portefeuille d’entreprises internationales de la banque, qui comprend des expositions à des sociétés actives dans des secteurs sous tensions (en premier lieu le tourisme, l’aviation, le transport maritime et l’automobile) et parce que la BNPP est un acteur dominant dans le financement des matières premières« . De nouvelles baisses de notation pourraient intervenir si la « reprise économique » traîne.

25 avril : Le FMI annonce que la crise sera la pire depuis 1929. La France annonce une baisse de 8 points de PIB, et chaque point coûte au bas mot 200.000 emplois. Selon France Info, « Sur les quatre dernières semaines, le nombre cumulé de demandes d’inscriptions à Pôle emploi a augmenté de 12,6% par rapport aux mêmes semaines de 2019, selon le ministère du Travail. Une note de l’OFCE estime que 460 000 salariés non bénéficiaires du chômage partiel pourraient perdre leur emploi pendant les deux mois de confinement (contrats courts, intérimaires, périodes d’essai, etc.)« . Les 110 milliards mis sur la table pour compenser les pertes durant les 2 mois de confinement représentent un tiers des dépenses de l’Etat dont 24 milliards pour le chômage partiel et « 20 milliards d’euros pour recapitaliser des entreprises stratégiques en difficulté, comme Air France » qui en récupérera déjà 7 milliards.

+ L’agence de notation S&P a maintenu la notation de la dette de l’Italie, à BBB/A-2, une mauvaise note qui pourrait encore être baissée, « si la dette publique […] ne parvenait pas à s’engager sur une trajectoire descendante clairement discernable au cours des trois prochaines années, ou s’il y a une détérioration marquée des conditions d’emprunt qui compromet la viabilité des finances publiques, en raison notamment d’un soutien insuffisamment des mesures politiques au niveau de la zone euro« , explique l’agence. Celle-ci compte sur l’argent mis dans le rachat indirect de la dette italienne par la BCE, via des rachats sur le marché secondaire, pouvant excéder 30% de la dette totale du pays.

+ Le site Atlantico explique pourquoi les entreprises ne seront pas indemnisées par les assureurs en raison de la pandémie, même quand une clause le prévoit dans leurs contrats: c’est parce que le gouvernement a décidé de mettre toutes les entreprises a l’arrêt. L’article explique que « la décision du gouvernement de fermer les entreprises est une décision administrative et générale. « Elle n’a rien de sanitaire », martèle Florence Lustman, présidente de la Fédération française de l’assurance. Ce qui change beaucoup de choses. « Il y a eu un gros malentendu sur l’indemnisation des pertes d’exploitation », précise Jean-Laurent Granier, PDG de Generali France. « La pandémie de Covid-19 n’empêche pas les entreprises de fonctionner, c’est l’État qui les en empêche ! »« . Aucune garantie n’étant prévue en cas de décision administrative de ce type, les assureurs ne paieront pas.


[1] Comme l’explique Le Temps, ces critères sont doubles : « que le coronavirus provoque au moins 2500 morts dans un pays et 20 dans un deuxième, ou fasse au moins 250 victimes dans au moins un pays émergent et que le taux de contamination atteigne un certain niveau (l’obligation contient deux classes). Le tout dans les douze semaines qui ont suivi la publication du premier rapport de situation de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sur l’épidémie de Covid-19. Or ce rapport est sorti il y a précisément douze semaines. A ce stade, la Chine a fait état de plus de 2700 victimes et de nombreux autres pays affichent plus de 20 morts provoqués par le Covid-19″.

[2] Pendant la durée de vie de l’obligation, « les investisseurs reçoivent un intérêt de 7 ou 12%, selon la classe à laquelle ils ont souscrit. Des taux très élevés dans l’environnement actuel. Si aucune pandémie conforme aux critères ne se produit d’ici à l’échéance de l’obligation, le 15 juillet prochain, les investisseurs récupéreront leur mise de départ ».

[3] Il a encore piloté la privatisation de la Française des jeux en novembre 2019 et préparait celle des Aéroports de Paris. Quand il était dir cab de Villepin en 2006, il supervisé les privatisations de Gaz de France absorbée par Suez (ce qui a créé Engie) au grand profit d’Albert Frère et Paul Desmarais, des amis de sarkoléon, et celle des autoroutes, désastre économique.

[4] « Le groupe pétrolier, qui verse son dividende en quatre fois et qui a déjà effectué deux acomptes, a maintenu le paiement du troisième, d’un montant de 0,68 euro par action (en hausse de 6 % par rapport à celui de 2018). Pour le plus grand bonheur de ses 450 000 actionnaires, principalement des fonds de pension situés hors de France« .

[5] « Jamais les places financières mondiales n’avaient aussi mal commencé l’année. Le premier trimestre s’achève sur des baisses de plus de 20 % à Wall Street, de 23 % en Europe (STOXX 600) et de 26,5 % à Paris. Et ce 1er avril n’incite pas à l’optimisme. Après le rebond de ces deux dernières semaines, c’est à nouveau le rouge qui domine sur les écrans des professionnels des marchés. Le CAC 40 a terminé en baisse de 4,3 % à 4.207,24 points, le Footsie britannique a cédé 3,83 %, le Dax allemand a perdu 3,94 % et l’EuroStoxx 50 a abandonné 3,83 % « .

[6] « Dans le même temps, Sanofi a également décidé de mobiliser 100 millions d’euros répartis « entre les hôpitaux publics, les Ehpad et certaines entreprises du digital (…) qui vont travailler sur le Covid« ,a précisé le dirigeant. 50 millions financeront des médicaments et des études cliniques en France, et « Une partie des 50 millions d’euros restants sera consacrée au soutien aux hôpitaux et aux Ehpad, par le biais de la Fondation Hôpitaux de Paris-Hôpitaux de France », selon l’Usine Nouvelle. Des start-ups et industriels bénéficieront aussi de l’argent de Sanofi, pour « le développement rapide de tests de dépistage du Covid-19 et de technologies digitales efficaces dans la gestion de situations pandémiques« .

[7] Brunei, Nauru, Niue, le Panama, les îles Marshall, le Guatemala et le Botswana, Anguilla, les îles Vierges, les Bahamas et les Seychelles, les Iles Samoa et Samoa américaines (liste du 6 janvier 2020).

La chrono des mesures économiques dans la crise #Covid19