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Scandales médicaux

Quand l’Etat « sédate » les anciens au lieu de les soigner

Le 28 mars, un décret publié au Journal officiel autorisait la prescription du Rivotril sous forme injectable en EHPAD et en ambulatoire et hors autorisation de mise sur le marché, cela jusqu’au 15 avril, puis au 11 mai 2020. Problème: ce médicament NE DOIT PAS être prescrit à des personnes en détresse respiratoire, cela peut les tuer.

Cette prescription, qui se fait dans un contexte de saturation des hôpitaux, est un scandale. Le Rivotril, un médicament destiné à calmer les crises d’épilepsie, est prescrit pour des « soins palliatifs » à des personnes qu’on ne tente même pas de soigner. Rappelons que l’euthanasie est interdite en France.

De plus, il apparaît clairement que les médecins sont appelés à tenir un discours mensonger aux familles.

Une euthanasie déguisée?

Alliance Vita, une association d’aide aux personnes fragilisées, écrivait notamment à ce sujet le 3 avril : « Alliance VITA rappelle que les soins palliatifs, nécessaires et précieux, exigent en principe une formation appropriée. Ils ne sauraient avoir comme objectif de pallier le défaut ou l’abandon des traitements curatifs, qui seraient nécessaires, en “mettant en fin de vie” un patient qui devrait bénéficier de ces soins curatifs. L’association met donc en garde contre le possible détournement – conscient ou inconscient – d’un médicament qui peut, s’il est mal utilisé, devenir l’agent d’une euthanasie qui ne dit pas son nom. Alliance VITA insiste également sur l’importance de ne pas fonder sur le seul âge d’un patient les décisions thérapeutiques qui le concernent.

Pour limiter ce risque de grave dérive, Alliance VITA suggère que, plutôt que de laisser les praticiens « se conformer » seuls à des protocoles préétablis, soit mis en place un pôle national d’astreinte de gériatres et praticiens expérimentés de soins palliatifs, disponibles 24h/24. La prescription en urgence de Rivotril® pour un patient atteint de Covid-19 en application du nouveau décret serait soumise à leur avis. »

Dans un article de blog de Médiapart dépublié depuis, il est aussi question d’euthanasie : « Ce qui se passe en France est grave et rien ne semble arrêter la fuite en avant de l’inacceptable face à cette crise sanitaire de tous les superlatifs. On apprend que le gouvernement autorise désormais l’injection de rivotril par un décret passé sous silence qui date du 28 mars dernier. Une substance utilisée en dernier recours pour les patients en détresse respiratoire liée au covid19.

C’est donc sur l’euthanasie que le gouvernement vient de légiférer sans état d’âme alors que ce sujet enflamme habituellement tous les débats. Le débat semble donc désormais clos. L’euthanasie est donc adoptée dans un contexte sanitaire que l’on connaît, c’est-à-dire désastreux et sans précédent. Pas de masques, pas de chloroquine, pas de respirateurs artificiels, pas gel hydroalcoolique et plus de lits non plus dans nos hôpitaux. Que reste-t-il alors pour prendre en charge les patients atteints du COVID19? Les achever et le plus vite possible. »

Dénégations médiatiques : « Non, ce décret ne légalise pas l’euthanasie »…

Deux jours après les premières alertes sur la prescription de Rivotril, les médias en choeur ont expliqué aux gens que non, il ne s’agissait pas de permettre l’euthanasie des gens, qu’il s’agissait d’une fake news, d’une nouvelle « théorie du complot » diffusée par les « réseaux sociaux »…

Le sénateur Michel Amiel, ex LREM qui a fait passer dès décembre une loi sur le « confinement » avant de quitter la macronie début mars, déclarait que le Rivotril était destiné à « soulager ». Il explique: « Le gouvernement n’a pourtant fait que répondre à une demande des gériatres. Dans une lettre ouverte au ministre de la Santé Olivier Véran, datée du 26 mars, ils réclamaient de « mettre à disposition les molécules réservées encore à ce jour au cadre hospitalier », citant notamment le fameux Rivotril®. Dès le 28 mars le gouvernement a répondu à leurs attentes et a pris un décret autorisant la prescription en dehors du cadre hospitalier« .  Bref, pas d’euthanasie selon lui : « les détracteurs diront toujours que c’est de l’euthanasie déguisée. Ce sont les mêmes personnes et les mêmes arguments que lors de la discussion parlementaire à l’époque. La sédation profonde et continue n’est pas l’euthanasie ».

Personne n’a dit que le décret légalise l’euthanasie. Ce qui a été dit, c’est que cela revenait au même.

Certains ont aussi parlé d’une « polémique bidon », comme un article d’un obscur journaliste d’Arrêt sur Images, qui commençait ainsi, dans le style le plus classique de la Pravda officielle: « Depuis le 2 avril, les réseaux sociaux, par l’intermédiaire de figures d’extrême droite et du nationalisme corse, s’indignent contre le « permis d’euthanasier » qu’ils perçoivent dans l’autorisation de délivrance du Rivotril« .

Selon la Direction Générale de la Santé, il s’agirait seulement « «d’améliorer la fin de vie» des «patients pour lesquels une décision de limitation de traitements actifs a été prise».

« Formulé autrement par la fédération des pharmaciens d’officine (FSPF), le décret rend en effet «accessible à tout médecin dans sa forme injectable (à la différence de la forme orale), la prescription de Rivotril a, dans ce cas, pour objectif la prise en charge palliative des patients confrontés à un état asphyxique et ne pouvant être admis en réanimation ou pour lesquels une décision de limitation de traitements actifs a été prise.», rappelle Sputnik News.

Or, si les gens âgés ne « peuvent pas être pris en réanimation« , c’est parce que les capacités des hôpitaux sont saturées. Ces gens auraient, du moins pour certains si pas la plupart, pu être soignés à l’hôpital et oxygénés en cas de besoin, si les pouvoirs publics n’avaient pas ruiné l’hôpital et la santé publique.

On notera que cette saturation est prévue pour durer, puisque le décret permettant de prescrire du Rivotril dans le cadre du coronavirus a été prolongé comme les autres jusqu’au 11 mai, date annoncée par Macron pour entamer la fin du « confinement ».

Changement de ton, on admet que des « questions se posent »

Le 10 avril, on apprenait que des requêtes en référé ont été déposées auprès du Conseil d’Etat par des médecins et pharmaciens.

Selon le quotidien Breton Le Télégramme, « Un décret, introduit dans la loi « d’urgence sanitaire », autorise-t-il la mise en place temporaire d’une procédure d’euthanasie ? C’est la question posée par une requête en référé, déposée jeudi devant le Conseil d’État. Une procédure portée par un membre du Conseil économique et social, deux pharmaciens, un citoyen dont la mère, victime du Covid-19, est hospitalisée, ainsi que par trois députés, dont le Costarmoricain Marc Le Fur (LR). Pris le 28 mars, ce texte est aussi attaqué par une seconde requête en référé, introduite devant la haute juridiction par le syndicat des jeunes médecins en début de semaine« .

Même Le Figaro, le 9 avril, s’interrogeait via la tribune d’un médecin psychologue clinicien sur « les questions éthiques que soulève la prescription du Rivotril », qui serait « suspecté de provoquer des complications respiratoires chez certains patients« . Or, c’est écrit dans le mode d’emploi. Guillaume Lelong, médecin auteur de cette tribune, écrit: « Cette benzodiazépine est habituellement prescrite en cas d’une crise épileptique pour la calmer. Néanmoins cet usage «courant» demeure rare (…) la prise d’un tel traitement n’est pas sans conséquences. À présent, et de manière temporaire, le Rivotril semble être proposé non pas titre curatif mais à titre palliatif à des patients atteints du COVID-19 en état de détresse respiratoire. Habituellement réservé à l’usage hospitalier, les Établissements d’Hébergement pour Personnes Agées (EHPAD) seront à présent autorisés à dispenser pareil traitement hors autorisation de mise sur le marché (AMM)« .

Il faut aussi noter que dans cette affaire, l’Etat s’est défaussé sur la SFAP, la  Société Française d’Accompagnement et de soins palliatifs, qui prend les décisions concernant les prises en charge avec le Rivotril.

La SFAP a même rédigé une notice sur le discours à tenir devant les familles intitulée « Les 12 messages clés » et classée dans la catégorie « soins palliatifs ». Cette fiche reprend le discours officiel sur la prescription de Rivotril, et le discours à tenir aux patients ainsi qu’à leurs familles.

Il y est dit d’entrée de jeu dans la partie « s’adresser au patient », qu' »Il est important de ne pas mentir, mais tout ne peut pas toujours être dit…« 

Puis après avoir prévenu le patient qu’il est « probablement » atteint du covid, le médecin doit lui dire : « Nous avons réfléchi avec plusieurs médecins et il nous semble qu’un transfert en réanimation ne serait pas adapté pour vous. Mais il faut garder espoir et nous restons bien sûr présents à vos côtés.
Si vous présentez des symptômes d’inconfort, et notamment des diffcultés à respirer,
notre équipe mettra tout en œuvre pour les faire disparaître. Nous savons le faire,
et nous mettrons toute notre compétence en œuvre pour vous soulager quoi qu’il
arrive, c’est notre rôle.

Si nous y étions obligés pour vous soulager, nous pourrions aller jusqu’à vous faire dormir suffisamment pour que vous ne ressentiez plus aucune gêne (sauf si vous nous dites que vous refusez d’être endormi si le besoin s’en faisait sentir).
Nous sommes dans une situation critique mais nous vous garantissons que tout sera fait
pour vous, quoi qu’il arrive afin que vous ne ressentiez pas de souffrances »
.

Or, il est essentiel d’informer le patient sans ambiguïté sur son état et sur le traitement. Or, ici il est question d’ « espoir », de « soulager », il n’est jamais question d’injection létale, ni de soins palliatifs. Le patient n’est donc pas informé de ce qu’il va lui arriver, il ne peut pas imaginer qu’on va lui injecter un produit létal.

Aux familles, il sera dit que « Les médecins qui le prennent en charge pensent qu’un transfert en réanimation ne lui apporterait pas de bénéfice en raison de la fragilité de son état. Tout sera fait pour passer cette période de crise. Nous allons faire en sorte qu’il soit le plus confortable possible, quoi qu’il arrive. Il bénéficie d’une prise en charge adaptée« .

Il est donc question de « passer cette période de crise », pas de faire une injection létale à un patient en soins palliatifs. Et, alors qu’on ne cherche pas à hospitaliser ces patients, le médecin expliquera que : « Il recevra bien sûr tous les médicaments qu’il faut pour soulager la douleur ou les difficultés respiratoires par exemple. Malheureusement, la médecine ne pourra peut-être pas le sauver mais elle peut le soulager. Soyez sûrs que nous faisons tout notre possible pour cela, c’est notre engagement.

Une pétition est en ligne.

Qui sera responsable in fine en cas d’absence d’information sur une décision létale ? Vers qui les familles des personnes « sédatées » au Rivotril en l’absence de soins hospitaliers pourront-elles se tourner dans le cadre des procédures qui ne manqueront pas d’arriver?

Quand l’Etat sédate les gens en EHPAD avec du Rivotril au lieu de les soigner #coronavirus #scandale

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